Quelle éducation pour mon chien ou mon chat ? Définitions et point de vue scientifique
- Rei Théaud--Kaiser

- il y a 3 jours
- 5 min de lecture
Vaste sujet qu’est l’éducation, il est souvent le premier souci avec l’adoption d’un animal. On parle ici de ce qu’est l’éducation, les différents apprentissages et méthodes.
Ouvrons donc notre bon vieux dictionnaire pour trouver la définition du verbe “éduquer”. Le Larousse nous donne plusieurs définitions, que l’on peut résumer ainsi :
Former en développant une aptitude, certaines connaissances, les usages de la société ou en épanouissant la personnalité du formé.
On éduque un chien pour qu’il s’arrête aux passages piétons pour éviter qu’il se fasse écraser : aptitude à garantir sa sécurité. On éduque un chien pour qu’il n’aboie pas sur les gens : usages de la société. On éduque un chien de travail pour une discipline sportive : épanouir la personnalité.
On remarque qu’éduquer, c’est faire apprendre.
On apprend à un enfant à ne pas traverser aux passages piétons sans les parents pour éviter qu’il se fasse écraser. On apprend à un enfant à ne pas crier en parlant aux gens. On apprend un sport à un enfant pour qu’il s’épanouisse.
Les deux mots peuvent donc s’employer, mais la base est avant tout celle de l’apprentissage.
Quel apprentissage ?
L’apprentissage associatif, c’est faire le lien entre un stimulus neutre et un stimulus positif ou négatif. En plus de cet apprentissage associatif, on peut parler :
de généralisation - appliquer un apprentissage face à un stimulus similaire au stimulus initial
de discrimination - appliquer le comportement à un seul stimulus très spécifique
d’apprentissages non associatifs - un stimulus unique répété qui entraine un apprentissage
Par exemple, l’expérience de Pavlov constitue à associer un stimulus neutre (cloche) à un stimulus positif (nourriture). Après plusieurs répétitions, les chiens comprennent que le son d’une cloche est quelque chose de positif (nourriture), et salivent à l’idée. On parle d’apprentissage positif.
Dans le cas où votre partenaire vous quitte dans un parc, une des conséquences possible est que vous éviterez ce parc en particulier ou tous les parcs alentour. Dans ce dernier cas, on parle de généralisation.
Je vais prendre un exemple de mon expérience au collège. En permanence, pour demander quelque chose au surveillant, il y avait 1 signe pour chaque demande : un doigt pour aller aux toilettes, deux doigts pour se lever et prendre un livre, etc. Il fallait discriminer plusieurs signes de main.
Quand votre animal vous attend à la porte d’entrée, c’est qu’il a compris que vous l’utilisez, car il vous a vu le faire souvent = Apprentissage non associatif parce qu'il n’y a pas de stimulus positif ou négatif directement associé.
Quels types de punitions et de renforcements ?
Le type d’apprentissage principalement utilisé dans l’éducation est le conditionnement opérant. Il fait partie de la famille de l’apprentissage associatif. Le principe est le suivant : le comportement engendre une réponse : un renforcement ou une punition. Si le comportement est le “bon”, l’individu reçoit un renforçateur (une récompense). Si le comportement est “mauvais”, l’individu reçoit une punition.
Il se différencie du conditionnement classique (comme l’expérience de Pavlov) par le comportement de l’individu qui devient acteur de son apprentissage.
Une punition ou un renforçateur est dit positif lorsque l’on ajoute quelque chose. Une claque pour une mauvaise note ou un bonbon pour une bonne.
Une punition ou un renforçateur est dit négatif lorsque l’on enlève quelque chose. On ignore complètement un mauvais comportement pour qu’il ne fasse pas l’effet escompté ou on arrête les menaces de blessures physiques lorsque l’individu s’excuse.
NÉGATIF → ENLEVER
POSITIF → AJOUTER

Description de l'image ci-dessus : Les types d'éducation dans la théorie.
Traditionnelle : Se base sur des idées scientifiquement infondées, comme la hiérarchie entre espèces, entre le chien et l'humain par exemple.
"Naturelle" : Se base sur les besoins physiologiques de l'animal, en lui accordant ou en lui niant son droit d'assouvir ses besoins.
Positive : Se base sur l'apprentissage motivé, sans état de stress physiologique ou psychologique.

Description de l'image ci-dessus : Les types d'éducation dans la pratique
Coercitive : Punition positive associée au renforcement négatif.
Mixte : Punition positive associée au renforcement positif.
Positive : Punition négative associée au renforcement positif.
Qu'en dit la science ?
La science s’est attaquée aux méthodes d’éducation depuis plusieurs dizaines d’années. Ainsi, la littérature scientifique ne manque pas.
Concentrons-nous d’abord sur l’apprentissage. Une étude de Blackwell et al. sortie en 2008, conclut que l’emploi de la punition positive est moins efficace dans l’éducation du chien. Cette conclusion se retrouve dans l’article de Rooney et Cowan, en 2011, qui démontrent que l’emploi du renforcement positif augmente la probabilité de réussites. Ces résultats sont soutenus par ceux de Moisan (2017).
La méthode d’éducation a également des liens avec les troubles du comportement. Blackwell et al., dans la même étude de 2008, font le lien entre l’emploi de la punition positive et l’augmentation de l’agressivité et de signes de peur. Rooney et Cowan constatent que l’usage de la punition positive réduit les interactions sociales de chiens, avec leurs congénères et les humains. À l’inverse, le renforcement positif amène les chiens à plus regarder leurs référents.
Pour les chats, il y a moins de littérature scientifique. On note cependant que lorsque l’objet de l’étude est d’apprendre au chat un comportement, l’apprentissage se fait très souvent à l’aide du renforcement positif.
On voit bien, au travers de ces études, que l’usage de la punition positive est à bannir, contrairement à celui du renforcement positif. Cela nous laisse un type d’éducation : l’éducation positive.
Références
Clément, C. (2013). Conditionnement, apprentissage et comportement humain. Dunod.
Emily J. Blackwell, Caroline Twells, Anne Seawright, Rachel A. Casey. (2008). The relationship between training methods and the occurrence of behavior problems, as reported by owners, in a population of domestic dogs. Journal of Veterinary Behavior, Volume 3
Nicola Jane Rooney, Sarah Cowan. (2011). Training methods and owner–dog interactions: Links with dog behaviour and learning ability. Applied Animal Behaviour Science, Volume 132
M. Moisan. (2017). Évaluer l'impact de l'éducation canine coercitive sur le bien-être animal et de déterminer les méthodes d'éducation les plus adaptées au respect de l'intégrité physique et psychologique de l'animal.
Stéphanie Deldalle, Florence Gaunet. (2014). Effects of 2 training methods on stress-related behaviors of the dog (Canis familiaris) and on the dog–owner relationship. Journal of Veterinary Behavior, Volume 9
Lydia Pratsch, Natalia Mohr, Rupert Palme, Jennifer Rost, Josef Troxler, Christine Arhant. (2018). Carrier training cats reduces stress on transport to a veterinary practice. Applied Animal Behaviour Science, Volume 206.
Rachel A. Grant, Jennifer Rose Warrior. (2019). Clicker training increases exploratory behaviour and time spent at the front of the enclosure in shelter cats; Implications for welfare and adoption rates. Applied Animal Behaviour Science, Volume 211.
Erin K. Willson, Rachael B. Stratton, Charlotte F. Bolwell, Kevin J. Stafford. (2017). Comparison of positive reinforcement training in cats: A pilot study. Journal of Veterinary Behavior, Volume 21.


Commentaires